Aux Editions Rue du Monde est paru, il y a dix ans un livre extraordinaire, écrit par Giani Rodari. Le succès ne se dément pas pour ce livre 14x21 de 285 pages…

Publiée en 1973 en Italie, puis en 1979 avec les éditeurs français réunis, cette Grammatica della fantasia restera parmi les essais qui feront date à propos de l’art d’écrire mais ne vous attendez pas à une compilation rébarbative et creuse, pleine de mots grecs et d’inventaires savants des courants et genres… Giani Rodari vous emmène tout de suite sur son tapis volant ou son cheval ailé (choisissez) pour démontrer comment naissent les idées dans notre cerveau et surtout, comment les semer !

Sa théorie et sa pratique d’écrivain analyste reposent sur la dialectique des mots… La dialectique ! Vous vous souvenez de vos cours de philo ? Cette méthode qui permet de percevoir les contradictions du réel et d’en tirer un sens… Eh bien, Rodari passe à la pratique et vous montre dans sa Grammaire de l’imagination comment à partir de 2 mots choisis au hasard, dans un lexique différent, on déconstruit le réel pour inventer une histoire… Par exemple, regardez la photo ci-joint, avec « mouette » et « livre », on déconstruit la mer, le ciel et la littérature, mais on peut aussi inventer le nom d’une librairie « La Mouette liseuse » ou même une fiction littéraire, une nouvelle où une mouette va venir bousculer un petit libraire et pratiquement lui faire prendre conscience de l’humanité des livres (que nous publierons, d’ailleurs, parmi d’autre, cet été).

La grammaire de l’imagination
est donc un livre utile, profond et passionnant, clair, simple et efficace. C’est émaillé d’anecdotes savoureuses car l’auteur, instituteur italien (1920-1980) ne concevait pas un plat sans sauce ni saveur… Il s’y trouve aussi le témoignage d’un homme hardi et bon, qui a lutté contre le fascisme et les mauvais penchants de l’être humain, contre l’esprit moutonnier et normalisateur. C’est à mettre entre toutes les mains, pour lire, pour débattre et pour écrire. Cela permettra à nos professeurs des écoles de charmer nos chers petits cancres avec les histoires pétillantes qui jailliront de leurs cervelles, à nos mamans de nous murmurer de nouveaux contes le soir, à nos papas de les leur souffler en cas de besoin, à nos philosophes de regarder l’écriture littéraire et romanesque autrement que comme une consécration académique, médiatique ou mercantile. Il faut remercier ici Rue du Monde d’avoir remis Giani Rodari au goût de tout le monde avec une maquette bien gérée et confortable pour cet essai de 18 € 80, prix public. Signaler aussi tous les petits recueils d’histoires de cet auteur que cet éditeur publie en parallèle… Voilà l’intérêt qu’il y a à ce que vous découvriez cette grammaire d’un genre nouveau.

Ah ! Et j’oubliais, dans l’enthousiasme de mon propos… Les participants de l’école d’écriture, qui fait partie de ma librairie, près du port de Calais, juste en face de l’Angleterre, vous me suivez ? … Donc, à «l’école d’écriture romanesque rapide », stage de trois mois, vite fait bien fait, les écrivains peuvent aussi vous en dire des louanges. Tous ceux qui ont abordé cette pratique de l’imaginaire ont su passer de la condition de lecteur-charmé à celle d’écrivain - charmeur… Et ce n’est pas un slogan.

Plutôt un vrai truc de fakir !

Manuel TINOCO VILCHEZ, libraire-écrivain.